La sous-location illicite peut exposer un bailleur à des difficultés importantes, notamment lorsqu’un locataire propose le logement sur une plateforme de location de courte durée sans autorisation. Mais comment établir la réalité de cette pratique et quels recours envisager ?
Le commissaire de justice peut intervenir pour documenter les faits, notamment par un constat Internet ou des constatations sur place lorsque les conditions le permettent. Ces éléments peuvent aider le propriétaire à préparer ses démarches amiables ou judiciaires.
Sous-location illicite : que dit la loi ?
Pour un logement soumis à la loi du 6 juillet 1989, le locataire ne peut pas sous-louer le logement sans l’accord écrit du bailleur. Cet accord doit également porter sur le prix de la sous-location.
Le loyer au mètre carré demandé au sous-locataire ne peut pas dépasser celui payé par le locataire principal. Le locataire doit aussi transmettre au sous-locataire l’autorisation écrite du bailleur et une copie du bail en cours.
Ces règles s’appliquent notamment aux locations de courte durée. Le recours à une plateforme comme Airbnb ne dispense donc pas le locataire d’obtenir l’autorisation requise.
D’autres régimes existent toutefois selon la nature du logement et du bail. Il faut également distinguer l’autorisation du propriétaire des éventuelles formalités administratives applicables aux locations touristiques.
Comment reconnaître une sous-location non autorisée ?
Plusieurs éléments peuvent éveiller les soupçons d’un propriétaire :
- une annonce proposant le logement à la location sur une plateforme ;
- des commentaires de voyageurs mentionnant leur séjour ;
- des rotations fréquentes d’occupants ;
- des échanges laissant apparaître l’existence de locations répétées ;
- des éléments matériels compatibles avec une occupation temporaire par des tiers.
Aucun de ces indices ne suffit nécessairement, à lui seul, à établir toutes les circonstances de la sous-location.
Une annonce peut notamment être ancienne, inexacte ou ne pas correspondre à une location effectivement réalisée. Le bailleur doit donc chercher à documenter les faits pertinents avant d’engager une démarche.
Comment prouver une sous-location illicite ?
Réaliser un constat Internet
Lorsqu’un logement apparaît sur une plateforme de location, le commissaire de justice peut constater les éléments accessibles en ligne dans le cadre de sa mission.
Il peut notamment relever le contenu d’une annonce, les caractéristiques du logement présentées, les tarifs affichés ou certains commentaires visibles. Le périmètre du constat dépend des informations effectivement accessibles au moment de l’intervention.
Un constat sur les réseaux sociaux et les contenus en ligne peut ainsi contribuer à conserver une trace datée d’informations susceptibles d’être modifiées ou supprimées.
Le constat doit décrire les éléments observés sans présenter comme établis des faits qui ne peuvent pas être directement vérifiés. Une annonce en ligne peut constituer un indice utile, mais elle ne démontre pas automatiquement le nombre de séjours réalisés ni les sommes réellement perçues.
Constater certains éléments sur place
Selon les circonstances, le commissaire de justice peut également constater des faits matériels sur place, dans le respect des règles applicables à l’accès au logement.
Il ne peut pas entrer librement dans un logement loué au seul motif que le propriétaire soupçonne une sous-location. L’intervention doit respecter les droits de l’occupant et les conditions légales d’accès aux lieux.
Lorsque l’accès est possible, le commissaire de justice décrit les éléments qu’il observe personnellement. Il ne peut pas déduire automatiquement de la présence de valises ou de personnes inconnues qu’une sous-location rémunérée a eu lieu.
Rassembler les autres éléments du dossier
Le bailleur peut compléter le constat avec les documents dont il dispose : échanges avec le locataire, informations communiquées par la plateforme, témoignages ou justificatifs obtenus dans un cadre licite.
Ces éléments peuvent aider à préciser la durée de la sous-location, son caractère répété et les éventuels revenus générés.
Cette démarche est importante si le propriétaire souhaite ensuite demander la résiliation du bail ou la restitution des sous-loyers.
Quels sont les recours du bailleur en cas de sous-location illicite ?
Les conséquences dépendent notamment du bail, des faits établis et de la procédure engagée.
Demander la résiliation du bail
Une sous-location non autorisée peut constituer un manquement aux obligations du locataire. Le bailleur peut alors envisager une action en résiliation du bail.
La rupture du contrat n’est toutefois pas automatique. Selon la situation, le propriétaire doit engager les démarches adaptées et, lorsque cela est nécessaire, saisir le juge.
Il ne peut pas procéder lui-même à l’expulsion du locataire ni changer les serrures pour reprendre le logement.
Réclamer la restitution des sous-loyers
La jurisprudence reconnaît au propriétaire, sous certaines conditions, le droit d’obtenir la restitution des sous-loyers perçus dans le cadre d’une sous-location non autorisée.
Dans un arrêt du 12 septembre 2019, la Cour de cassation a jugé que les sous-loyers perçus par le locataire constituaient, sauf autorisation du bailleur, des fruits civils appartenant au propriétaire par accession.
Le bailleur doit néanmoins pouvoir justifier sa demande et établir les sommes concernées. Un constat peut contribuer à documenter la situation, mais il ne suffit pas nécessairement à déterminer le montant total des revenus perçus.
Demander réparation d’un préjudice
Si la sous-location a causé un préjudice au bailleur, celui-ci peut également examiner la possibilité de demander une indemnisation.
Il doit alors établir les éléments permettant de justifier sa demande. Les dégradations éventuelles, les frais engagés et les autres conséquences de la situation doivent être appréciés au regard des faits et des règles applicables.
Le rôle du commissaire de justice dans les démarches du bailleur
Le commissaire de justice peut intervenir à plusieurs étapes du dossier, selon la mission qui lui est confiée.
Il peut notamment :
- constater des éléments accessibles sur une plateforme en ligne ;
- documenter certains faits matériels sur place, lorsque les conditions d’accès le permettent ;
- signifier un acte ou une décision de justice ;
- intervenir dans le cadre de l’exécution d’une décision, dans les conditions prévues par la loi.
Le constat permet de conserver une trace des faits observés. Il ne détermine pas, à lui seul, si la sous-location est juridiquement illicite, si le bail doit être résilié ou quelle somme le locataire doit restituer.
Ces questions relèvent de l’analyse juridique du dossier et, en cas de contentieux, de l’appréciation du juge.
Que faire si vous suspectez une sous-location illicite ?
Le bailleur a intérêt à agir avec méthode. Il peut commencer par conserver les informations accessibles et les échanges pertinents, sans tenter d’accéder au logement en dehors des conditions légales.
Si les indices sont sérieux, une intervention du commissaire de justice peut aider à documenter la situation avant que les annonces ou les autres éléments disponibles ne disparaissent.
Le propriétaire pourra ensuite examiner les suites adaptées à son dossier : démarche amiable, mise en demeure ou action judiciaire. Le choix dépendra notamment des preuves recueillies, des clauses du bail et des objectifs poursuivis.
À retenir
Une sous-location non autorisée peut avoir des conséquences importantes pour le locataire et ouvrir plusieurs voies de recours au bailleur.
Le commissaire de justice peut contribuer à établir la preuve en constatant des annonces en ligne ou certains faits matériels, dans le respect des droits de chacun.
Le constat ne remplace ni l’analyse juridique ni une décision de justice. Il permet avant tout de conserver des éléments précis pour étayer les démarches du propriétaire.
